11 janvier 2007
Qu'est ce que "l'équilibre primaire " du budget?
Vous avez sans doute entendu parler dans la bouche du porte parole du gouvernement et Ministre du budget, Jean François Copé, et du rapporteur de la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale, Gilles Carrez, de "l'équilibre primaire du budget" à, l'occasion de la présentation des premiers résultats disponibles concernant l'éxécution du budget de 2006.
Il me parait intéressant de définir exactement en quoi consiste cette notion nouvelle, sans signification comptable, tant elle risque de devenir, pour la majorité actuelle, un autosatisfecit à peu de frais de leur politique économique et pour les candidat(e)s aux présidentielles une occasion de justifier la faisabilité de leurs promesses mirobolantes. Car enfin, cet "équilibre primaire du budget" signifie simplement que l'on a du réemprunter cette année le montant exact des intérets que l'on a payé sur la totalité de notre dette. Ce qui veut dire a contrario que nous n'avons pas remboursé un centime sur notre dette qui culmine toujours à 1168 milliards d'Euros, compte non tenu des engagements de retraites de l'Etat! Vous comprendrez que présenter cet "équilibre primaire" comme un "réel assainissement des finances de l'Etat" ou de "remise en ordre structurelle de nos finances publiques", comme j'ai pu lire dans la presse, n'est pas vraiment sérieux. Un cocorico un peu excessif donc, même si l'effort qu'il a fallu pour maitriser les dépenses de l'Etat a sans doute été assez considérable.
Ceci dit, l'éxécution du budget 2006 semble devoir se traduire par une réduction non vraiment prévue du déficit à 38 ou 39 milliards d'euros. Grace tout d'abord à la même astuce que l'année dernière d'une anticipation de l'impot sur les sociétés, l'IS, perçu en fin 2006. Une sorte de mise en place, pour les seules entreprises, du prèlèvement à la source cher à notre Ministre des Finances mais sans le cadeau fiscal de l'impot sur le revenu de l'année précédente que ce dernier prévoit de nous faire.
L'autre raison de cette réduction de déficit est la meilleure santé de notre économie qui s'est traduit par de bons résultats pour les entreprises et donc de meilleures rentrées fiscales. Merci donc à ces entreprises honnies d'avoir bien voulu contribué à un moins grand déséquilibre que prévu de notre budget. Incidemment, tout se passe comme si nos gouvernements n'avaient plus que peu de moyens d'action sur l'activité économique et ne faisaient plus que constater une embellie économique dont on se demande comment elle se décrète...alors qu'ils ont toujours la préténtion de nous faire croire que ce sont eux qui dirigent.
Dernier commentaire sur ce budget. Il correspond à une année de transfert de services et de recettes correspondantes de l'état vers les régions dont l'Etat pretend qu'il est équilibré et les régions non. Comme ce transfert s'est effectué en même temps qu'une inflation certaine des budgets régionaux, il est tout à fait possible que globalement on assiste à une augmentation de la pression fiscale et une hausse du déficit au titre de Maastricht. Rendez vous mi fevrier à la conférence annuelle de finances publiques sur ce sujet qui devrait être pimentée...
Au total, "l'équilibre primaire" ressemble fort à ce qu'on appelle une feinte de balayeur...
Politique européenne de l'Energie:Choc frontal entre le respect de Kyoto et le développement économique
La politique européenne de l'énergie que je vous ai présentée dans un message du 7 janvier 2007 sur la base d'une indiscrétion dans les journaux, n'a pas encore été présentée aux pays membres de l'Union ni au parlement européen. Elle le sera le 10 janvier mais suscite déjà des réactions de certains pays qui ont des politiques qui ne correspondent pas aux orientations préconisées par Bruxelles.
C'est le cas de l'Allemagne, plus fort émetteur de CO2 de l'Union Européenne, qui est une place forte historique des verts et qui, à ce titre et dans le cadre de l'alliance électorale PS/Verts, avait pris la décision en 2000, sous le premier gouvernement Schröder, de sortir du nucléaire. Dans la pratique, cette sortie du nucléaire devait se traduire par la fermeture progressive des centrales nucléaires allemandes qui contribuent à l'heure actuelle à 31 pct de la production électrique allemande. C'est ainsi qu'il est prévu de fermer la totalité des 17 centrales allemandes entre 2004 et 2017.
Seul problème depuis cette décision radicale, l'émergence du problème du réchauffement climatique et de l'avantage incontestable du nucléaire sur les autres energies fossiles dans le domaine des émissions de CO2. Et depuis des pressions de l'industrie pour poursuivre, au dela de la date de démantèlement prévue, l'exploitation de certaines centrales. C'est le cas de la centrale de Neckarwestheim I, exploité par EnBW, filiale d'EDF,prévue fermer en 2009 et pour laquelle EnBW a fait une demande officielle de maintien en exploitation jusqu'en 2017. Pourquoi fermer en effet alors que la dite centrale fonctionne parfaitement sans émettre de CO2? Et pour la remplacer par quoi, une centrale au charbon par exemple?C'est dire qu'en dépit du plan de sortie du nucléiare, la question reste très ouverte- avec quelques raisons- en Allemagne
Immédiatement questionnée à l'occasion d'un interview par le Financial Times, Angela Merkel a surpris tout le monde en déclarant qu'elle n'entendait pas revenir sur la sortie du nucléaire, contrairement à ses engagements lors de la campagne législative allemande. Peut être n'a t elle pas voulu engager déjà un débat prévu pour le printemps en Allemagne et sans aucun doute délicat à initier dans le contexte allemand? Elle a quand même eu la précaution de préciser qu'elle laissait la décision de poursuivre l'exploitation de telle ou telle centrale à son Ministre de l'environnement. Comme il est PS , ce n'est pas gagné pour EnBW !
Autre pays dans lequel le nucléaire a été arrété brutalement, l'Espagne où Felipe Gonzales, en 1984, avait suspendu sine die la construction de pas moins de 5 centrales alors en cours de construction. La raison officielle exposée à l'époque avait été le problème non résolu de l'élimination des déchets nucléaires. 22 ans plus tard sur ce sujet, les travaux effectués en Finlande et en France laisse espérer des solutions de différents types au problème. D'où une demande officielle du patronat espagnol auprès de Zapatero pour lever le moratoire et augmenter la durée de vie des 9 centrales existantes à 40 ans.
La problématique en Espagne comme ailleurs est de répondre à des besoins croissants d'énergie electrique pour accompagner la croissance économique du pays en respectant le protocole de Kyoto. Il faut à l'Espagne 55 000MW de capacité de production supplementaire d'içi 2015 dont 38 000MW en énergie renouvelable mais 15 000MW en energie nucléaire si on veut respecter Kyoto.
En Finlande, où le premier EPR européen est en cours de construction,la décision de construire un sixième réacteur à été annoncé la semaine dernière.
Autant dire qu'en Espagne comme en Allemagne ou en Finlande et en France, se matérialise le choc frontal que je vous avais signalé dans un message du 24 décembre entre le respect des engagements de Kyoto sur les émissions de CO2 et la poursuite du dévéloppement économique et de la lutte conttre le chomage et la récession. Encore passerais je sous silence le problème de la dépendance énergétique de l'Europe envers les fournitures gazières et pétrolières russes qui se rappellent au bon souvenir de l'Europe à l'occasion de la crise biélorusse...
La Politique Energétique Européenne sera le détonateur de ce débat crucial pour l'avenir de l'Europe.
A suivre avec attention dans les prochaines semaines...