La culture de notre pays depuis plus d'un siècle a  tendu à augmenter progressivement les loisirs sur le temps de travail. A juste titre, si l'on se réfère aux conditions de travail du XIXème siécle et de début du XXème. C'est le développement technique qui l'a permis en remplaçant l'homme dans nombres de taches pénibles par la machine. C'est aussi le développement économique qui a permis, via la compétitivité des produits français et leurs succés commercial, d'en avoir les moyens financiers. C'est enfin le progrès social qui est la résultante de ces developpements et bien entendu d'un certains nombre de luttes sociales.

Les 35 hrs ont été en quelque sorte le point  culminant de la recherche du "plus de loisirs" par rapport au temps de travail. A contrario, malheureusement, de l'évolution mondiale qui dans le même temps et sans doute avec plus de pragmatisme avait bien saisis que l'époque était plutot au durcissement de la compétition internationale et pas à l'augmentation du cout du travail. Au dela d'un certain retournement de notre compétitivité que nous payons encore, les 35 hrs ont eu surtout un impact psychologique sur la vision que nous avions du travail qui est devenu un mal nécessaire pour se payer des loisirs dans lesquels se réalise la "vrai vie".

Je lisais un interview de Segolène Royal dans lequel elle defendait logiquement les 35hrs, mais faisait ressortir aussi que la dévalorisation du travail était aussi lié à la pression accrue sur les salariés, à la perte du sentiment de sécurité qui prévalait précédemment, à la montée du salarié comme variable d'ajustement(Tout au moins pour les salariés du privé !). Tout ceci est parfaitement exact à ceci prêt qu'il y a un lien direct entre pression accrue,perte du sentiment de sécurite,diminution des effectifs et la perte de compétitivité qui a résulté des 35hrs.Il ne faut néanmoinbs pas tout mettre sur le dos de ces pauvres 35hrs. Elles auraient parfaitement pu passer si nous avions été en même temps dans une période d'expansion économique mondiale ou au minimum occidentale. Or elles ont été mise en oeuvre dans une période où il aurait fallu "reduire la voilure" pour cause de montée de l'invasion des produits à bas couts. Ce n'est donc pas tant le concept de la réduction du temps de travail qui est critiquable mais bien plutôt le mauvais "timing" de l'introduction de cette réduction.

En d'autres termes, ce qui manque aux Français, c'est de se sentir heureux dans leur travail, dans leur entreprise, d'avoir le sentiment de la perennité de leur usine et de leur poste. Ce qui passe, incidemment, par un minimum de compréhension de l'économie et d'appréciation des résultats locaux de sa société.

Tout ceci pour arriver au but de cet article qui est d'attirer votre attention sur un classement des "100 entreprises européennes où il fait bon travailler" qui vient d'être publié par l'hebdomadaire anglais, le Financial Times.C'est un  Institut privé financé par le dit journal, le "Great Place to Work Institute" (Institut des endroits où il fait bon travailler) qui publie ce classement qui est basé sur des réponses à des questionnaires anonymes envoyés à des salariés à qui l'on demande de noter leurs entreprises un peu partout en Europe et dans tous types d'entreprises.

Vous pouvez consuter les résultals du millier de réponse reçues dans le Financial Times. Ils montrent qu'ont peut être heureux d'aller travailler, mais oui! Parmi les entreprises du top ten, on trouve pèle mèle, la filiale anglaise d'une société de  consultant d'origine américaine, la filiale de Palmolive en Grèce,une société immobilière belge,un éditeur allemand de logiciel,une banque danoise, etc. Il n'y a donc pas de recettes miracles, c'est une question d'environnement et de management local pour créer le climat propice au travail et à la satisfaction des employés.Par contre la taille de l'entreprise(raisonnable) semble être un facteur de climat favorable.

Autre élement positif à un climat de travail plaisant, ce qu'on appellait autrefois le paternalisme semble être apprécié des employés. Pour être passé moi même d'une société dans laquelle on fétait les trente ans d'un employé dans la société et on faisait des pots de départs, à un repreneur qui avait supprimé tous ces signes, pourtant peu couteux, de paternalisme, je peux également en temoigner. Partir sans pot de départ et sans un mot de la société dans laquelle vous avez travaillé trente ans traduit bien en effet un manque de considération pour l'homme. Donc un peu de paternalisme SVP;

Enfin,il se trouve qu'il y a beaucoup de filiales de sociétés américaines dans ce classement et surtout aucune société française dans les 100 premières sociétés dans lesquelles il fait bon vivre!  Est ce le caractère rouspéteurs du français qui apparait içi, son absence de compréhension de l'anglais, la morosité générale du pays ou bien la réalité du climat dans les sociétés françaises, je ne sais. Le résultat est néanmoins là.

Incidemment, il y a quelques semaines, Laurence Parisot, présidente du Medef,disait de l'entreprise "à quel point c'était un espace heureux:comme le sport l'entreprise est un lieu de projet, pas de conflit" et elle ajoutait qu'il était "important de faire savoir aux jeunes qui doutent que le travail est un moment de partage et d'émotion"

Pas très cohérent avec le sondage du GWTW Institute. Par contre, nul doute qu'il faut réhabiliter le travail et l'entreprise.