08 avril 2006
La faillite de notre système d'éducation.
S'il y a un phénomène que revèle la crise du CPE, c'est bien celui de la faillite de l'ensemble de notre système d'éducation, de l'Université qui forme des diplomés sans avenir, à notre éducation secondaire qui propulse d'année en année des élèves qui n'arriveront pas à aller au delà de la première année de faculté, en passant par le primaire qui n'arrive pas à donner un bagage minimum de lecture,calcul et Français. Sans parler des enseignements techniques et professionnels peu considérés alors qu'au moins, ils correspondent à des emplois.Seul le système des Grandes Ecoles,- que le Système Universitaire souhaiterait bien récupérer mais pour en faire quoi?-, continue à fournir des Ingénieurs et des Commerciaux(dans un système privé dans ce cas) de haut niveau reconnus internationalement
Le résultat de ce désastre éducatif se monte quand même à environ 150 000 enfants qui sortent sans aucun diplôme de leur cursus scolaire tous les ans ! Un vrai échec quand on considère les efforts de tous les personnels et les budgets considérables qui y sont consacrés par le pays . Nous disposons pourtant d'effectifs tout à fait considérables, 1 350 000 personnes, d'enseignants dévoués dans leur très grande majorité, de théoriciens de haut niveau pour préparer programmes et méthodes d'enseignements et sans doute d'un peu trop d'administratifs(1 pour 3 enseignants).
En plus le métier d'enseignant devient de moins en moins valorisant tous les ans pour ceux qui l'exercent, de plus en plus stressant aussi et tend même à devenir dangereux!
Que faut il faire? Il ne m'appartient pas de le dire, ne connaissant que marginalement les contraintes de ce métier. Je constate néanmoins que l'Education nationale a su résister à toutes les volontés de réforme de tous les ministres successifs de toutes tendances politiques qui se sont succédés à sa tête au point qu'il est bien connu que les syndicats auront toujours la tête du ministre qui se hasarderait à faire quelque chose qui leur deplairait. Monsieur Allegre lui même en a fait l'expérience et Monsieur Jospin non plus que Monsieur Bayrou qui y sont passés n'ont réussi à améliorer les résultats. On peut donc considérer que les principaux responsables de ce désastre, sont l'Education Nationale elle même, ses enseignants, ses théoriciens et leurs syndicats dans leur superbe isolement.
Puisqu'ils sont irréformables, je leur proposerai bien de prendre eux mêmes en main leur destin et celui de nos enfants en préparant eux mêmes un vrai projet de réorganisation de leur administration, en remettant tout à plat,effectifs, administration, pédagogie, filières professionnelles, appariement entre les filières d'etudes et debouchés, sélection et orientation, discipline etc avec des objectifs sérieux de résultat en fin de primaire, de secondaire, de professionnel et de l'Université mésuré par des critères objectifs de résultat à tous les niveaux et tel que les souhaiteraient les "clients" c''est à dire les élèves, les parents d'élèves et les utilisateurs finaux c'est à dire les employeurs potentiels. Le principal critère pour moi étant l'intégration finale dans le monde du travail.
Un vrai grand projet qui pourrait faire l'objet d'un débat public , hors de tous politiciens,puisque nous commençons maintenant à être rodés au système du débat public.
Vous allez dire que je suis fou. Peut être un peu, mais au point ou nous en sommes avec notre enseignement,il faut tenter d'en sortir par les grands moyens. Plutôt que de continuer sans fin à manifester( curieusement au coude à coude avec leurs élèves) et à nous dire que tout réside dans davantage de moyens.Car l'effort du pays n'est pas très différent, voire plus important à ma connaissance que celui d'autres pays.
Faire mieux avec autant. Voila le défi que je leur propose. Alors? Chiche !
L'Europe des Ghettos existe déjà.
Il n'y a pas qu'en France qu'il est difficile d'enseigner dans les zones sensibles à fort pourcentage d'immigrés.
C'est ainsi qu'en Allemagne, dans l'arrondissement défavorisé de Neukölln, près de Berlin, les enseignants d'un collège technique de cette zone socialement difficile viennent de demander au rectorat de "dissoudre " leur collège. Tellement la violence est devenu permanente et apocalyptique.
C'est pourtant un petit collège de 226 elèves seulement mais composé d'enfants d'immigrés à 83pct, moitié moitié d'origine arabe et turque. Et c'est la rivalité entre ces deux familles d'immigrés qui se traduit par des batailles rangées, des dégradations graves des locaux et des menaces envers le corps enseignants.
Certains de ces derniers " ne vont plus dans leur classe que muni de leur téléphone portable pour pouvoir appeller à l'aide". L'école elle même est dans un état déplorable. Quant aux parents d'élèves, ils "ne viennent pas aux rendez vous et les coups de téléphones se heurtent à l'absence de maitrise de la langue allemande". Une voiture de police est en permanence à l'entrée de l'impasse de l'école. Et la directrice est en arret maladie depuis 6 mois.Les professeurs disent: "dans la plupart des familles nos élèves sont les seuls à se lever le matin. Comment leur expliquer qu'il est quand même important d'aller à l'école?"
Tout ceçi pour dire que la situation ne semble pas très différente de celles des collèges de nos ZEP en France. A ceci prêt que les enseignants allemands sont allés un pas plus loin que leur collégues Français en demandant la fermeture de l'etablissement. Et que les enseignants français ont plutôt tendance à minimiser les exactions qu'ils constatent.
Il y a 5300 collèges de ce type en Allemagne avec des problèmes similaires à divers niveaux de sévérité et dans des quartiers fortement immigrés qui se sont organisés en "colonies ethniques" avec leurs infrastructures dans leur langue d'origine. Une situation pas très différente de la notre. et pour la même raison; immigration mal maitrisée,chomage endémique et absence d'intégration.
L'Europe des ghettos existe malheureusement déjà.