Dans le debat sur les délocalisations il est curieux de se rendre compte de l'image passéiste et deconnecté des réalités actuelles que les français ont de l'Industrie.Nous en sommes toujours en effet aux années 55/65 quand nous essayions d'exporter des Dauphines Renault aux Etats Unis. Il y avait à l'époque un grand marché avec une industrie très forte, les Etats Unis et quelques marchés moyens avec des industries moyennes, dans les pays Européens, France, Allemagne et Grande Bretagne.

La vision de l'époque était donc d'exporter la production des usines allemandes, anglaises ou Françaises en ce qui nous concerne, vers ces pays. En fabriquant aux prix locaux, allemands ou Français ou anglais et en payant le surcout du transport et les droits de douanes à l'époque. Nous étions en quelque sortes les chinois d'aujourd'hui vis à vis des Etats Unis. C'est la vision que les Français continuent à avoir du monde et de l'industrie.

Or depuis le monde a bien changé. Il y a maintenant des marchés en plusieurs zones du monde, parfois très importants (le marché du ciment en Chine est plus important que celui des Etats Unis par exemple),il y a des producteurs locaux ou des usines locales de concurrents américains ou européens et donc il devient exclu de pouvoir être compétitifs avec les couts de fabrication dans nos usines européennes plus le cout du transport. Cet effet joue en sens inverse également et c'est la raison pour laquelle nous avons nous aussi des usines que l' on pourrait estimer "délocalisées à l'envers" sur notre territoire comme l'usine Toyota de Valenciennes ou les usines Nissan anglaises.

Il n'y a donc pas de doute que, de nos jours, les usines suivent les marchés et c'est la raison pour laquelle tous nos industriels installent des usines dans toutes les zones du monde où il y a des marchés émergents.

Il y a néanmoins de vrai délocalisations pour cause de baisse du cout de travail dans le prix de revient final. C'est pour moi le cas dans les dix pays nouveaux qui ont rejoint l'Union Européenne récemment, qui appartiennent à la même zone géographique et au même marché et qui sont donc d'une certaine manière et pour l'instant une opportunité pour fabriquer à bas cout.La situation devrait se normaliser au fur et à mesure qu'un marché local dynamique se mettrat en place et que les couts de main d'oeuvre monteront.

Il y a aussi des délocalisations dans des pays très lointains comme l'Inde pour des produits ou services sans frais de transports, comme l'informatique ou les centres d'appels, que la baisse du cout des télécommunications ont rendu possibles.

Je crains donc que sur ce problème sensible socialement, il faille considéréer que certaines délocalisations sont inévitables et que la zone de chalandise de "l'Usine France" ne se réduise à l'Europe développée, aux produits haut de Gamme et aux services. Il faut accepter cette vision du monde et se redéployer en fonction de ce constat vers les produits et services de haute technologie, les produits du futur en cours de developpement tout en conservant les produits pondereux qui ne supportent pas les couts de transports.