Les médias et la déontologie
Les journalistes se presentent dans tous les pays du monde comme des professionnels de haut niveau qui accordent beaucoup d'importance à l'intégrité de leurs informations, qui ont une déontologie rigoureuse qu'ils s'imposent à eux mêmes et qui revendiquent un haut niveau de responsabilité dans les informations qu'ils rendent publiques. C'est cette déontologie qui leur permet de revendiquer des droits particuliers comme le bénéfice de conserver secrètes leurs sources.C'est ce qui leur donne une grande fiérté de leur profession, même si de temps en temps ils oublient ou minimisent le frere pas très presentable de la presse people ou de la presse à scandale.Il est vrai que c'est une profession dont certains membres ont beaucoup pris de risques pour aller chercher l'information sur le terrain que ce soit comme correspondant de guerre, grand reporter de par le monde sur tous les théatres d'opérations et encore récemment en Irak et dans maints autres lieux.Chapeau bas pour tous ceux qui ont laisse leur vie dans cette quête de l'information et pour ceux qui sont encore,en ce moment même, aux mains des terroristes.
Cependant,la presse à laquelle ils se réfèrent en nous parlant de cette déontologie rigoureuse et de ce metier glorieux me semble s'être réduite comme peau de chagrin au fil des ans. Les grand reporters ont peu a peu diminués en nombre et on n'envoie plus dans l'heure aux quatres coins du monde équipes et cameramen pour nous ramener les images que le grand public attendait.On fait de moins en moins d'enquètes approfondies et documentées que l'on ne "sortait" que quand elles avaient été vérifiées et avaient suffisamment muries. Le profil des journalistes a d'ailleurs beaucoup changé.Le grand reporter comme je viens de le dire a quasiment disparu, les émissions de fond sont devenues plus ludiques ou ont disparu sur l'autel de l'audience et on cherche plus de l'amuseur de talent que du politologue ou du philosophe.L'archetype du grand journaliste n'est plus Pierre Desgraupes ou Pierre Dumayet mais Sebastien, Ardisson ou Arthur.Le dernier avatar de cette évolution étant la téléréalité.
On se contente maintenant de lire les dépèches d'agence dès qu'elles "tombent" et de les commenter à chaud.Pour faire un jourrnal il suffit d'être affilié à Reuters, Blomberg ou ce qui reste de l'Agence France Presse,de lire les dépeches qui tombent et de faire,à partir de ces dépèches, sa propre "cuisine" qui corresponde à la ligne éditoriale de son journal,avec la saveur définie par le modèle marketing du journal ou de la chaine de télévision à laquelle on appartient et constante dans le temps comme le gout de votre bière préférée.
Car la demande a évoluée considérablement.Le spectateur ou le lecteur veut être informé vite et bien, de manière ludique si possible,et s'intéresse aux fait bruts, pas aux causes et consequences.et zappe pour passer à autre chose dès que le sujet commence à devenir ennuyeux.Le controle de l'information cède le pas à la tentation du scoop.Je n'en donnerais pour exemple que le loupé extraordinaire d'Antenne 2 sur les résultats des élections.Je passe sur les scandales dans les journaux américains sur les reportages "bidon" qui ont couté leur place à certains reporters.Le dernier en date, celui de Newsweek sur la pretendu profanation du Coran par les soldats américains est non seulement scandaleux de par le non controle de l'information mais aussi par l'irresponsabilité de publier ce genre de nouvelle dans le monde d'aujourd'hui.Cette irresponsabilité a déjà provoqué manifestations massives et sutout mort d'hommes(16 victimes et une centaine de bléssés).
Le journaliste et le média "à déontologie" n'est plus que l'arbre qui cache la forêt.Le petit nombre de journaux d'opinion font toujours la grandeur du metier, mais leur information est aussi pervertie par leur engagement politique qui leur fait biaiser l'information qu'il nous donne. La "vrai vérité" n'existe pas, c'est sur . Enfin les médias sont devenus de plus en plus soumis à la tyrannie de l'audience ou du tirage qui leur impose les titres, et surtout la manière de les presenter.Je peux fort bien imaginer une conférence de rédaction journalière dans laquelle le directeur de la rédaction fait le tour des journalistes pour savoir quels sont les articles disponibles pour le journal du jour et pour en faire la Une. Et je suis prêt à parier que dans certains cas "on" est prêt, collectivement, à transiger un peu sur l'article de fond,le sérieux de telle ou telle enquête de fond au profit du scoop, de la nouvelle exclusive, du caractère aguichant de telle ou telle nouvelle et de son aspect "vendeur".
Et si le tirage baisse ou que l on perd de la part de marché,on verra la ligne éditoriale changer un peu, on annoncera une nouvelle maquette, on remplacera le Directeur de la Rédaction comme on change un entraineur de foot,et subsidiairement, on restructurera. Car ,qu'on le veuille on non, on vend de la presse ou de la télé comme on vend des automobiles ou des produits de beauté.
Il reste, et c'est heureux, de très grand journalistes, serieux et compétents, qui esssayent de faire leur travail "a l'ancienne" en quelque sorte et il faut les en remercier et suivre leurs émissions ou lire leur journaux.Simplement ,les médias, qui ont parfois tendance à jouer les donneurs de leçons, devraient se remettre un peu en question et essayer de trouver le bon compromis entre la déontologie traditionnelle et les impératifs commerciaux.C'est ce que je leur souhaite.


