On entend beaucoup parler de Solidarité, par nos hommes politiques de tous bords d'abord,  par les porte-parole de nos syndicats par ailleurs , par les médias, enfin quasiment toute la population Française se pense solidaire de ceux qui sont exclus, qui ne trouvent pas de travail, qui le perdent dans les fermetures d'usines, ou les délocalisations. Et c'est vrai que  les Français savent se montrer généreux comme le montre leurs contributions à tous les appels humanitaires pour le Tsunami, le Telethon ou tous les  autres appels à la générosité publique. Je suis sur que même les fonctionnaires se pensent solidaires du reste de la population qui souffre parce qu'elle est au chomage.

Est ce bien sur et regardons quels sont nos comportements dans la réalité des choses sur le terrain?

 Prenons le cas des retraites. Nous avons vu des manifestations monstres l'an dernier pour que l'on ne change surtout rien au système actuel alors que l'évolution de la durée de vie et de la démographie est quelque chose de scientifiquement établi et d'incontournable. Les déséquibres financiers de nos caisses de retraites ne sont donc pas des choses discutables et ont éte établis puis confortés par de multiples rapports sous toutes les tendances de gouvernement. Et pourtant qu'avons nous vu?  Les futurs retraités se dresser comme un  seul homme et descendre dans la rue pour défendre leur droit à la retraite au détriment de leurs propres enfants. J'ai déjà rapporté dans ce blog un interview d'un participant à une de ces manifestations qui y venait avec son fils et prétendait que c'était pour defendre la retraite de ses enfants qu'il était là!!!  Il s'agissait en fait d'un bel exemple de defense de ses propres privilèges.

Le 35hrs sont un autre exemple à méditer. L'idée initiale des 35hrs etait une idée solidaire de partage du travail, les 4 heures récupérées entre les 39 et 35 hrs devant en principe être converties en postes nouveaux. Pour que ce transfert ne se traduise pas par une augmentation des prix de revient, il aurait fallu que les nouveaux emplois soient financés par les quatres heures récupérées de la difference 39/35 hrs et donc non payéesIdée très généreuse mais malheureusement inacceptable pour des salariés, et en particulier pour les bas salaires, qui ont des difficultés à boucler leur fin de mois. Les négociations se sont donc transformées immédiatement en 35hrs payées 39 c'est à dire un virage à 180° de l'optique Solidarité à l'optique Nouveaux Privilèges, car être pâyé 39hrs pour 35 effectuées ou récupérer 15 jours de RTT c'est bien profiter pour les actifs d'un avantage supplémentaire. Voila comment une idée généreuse de solidarité s'est transformé en une acquisition d'avantages nouveaux. Entendons nous bien, je comprend parfaitement que les salariés qui ont des difficultes de fin de mois n'aient pas été prêt à voir leur salaires diminuer. C'est donc l'idée théoricienne de départ qui etait une très mauvaise idée inapplicable dans la réalité sociale du moment.

Autre exemple  à méditer, celui des phénoménes d'Externalisation. Les Entreprises , au cours de ces dernières années, ont petit à petit externalisés certains services dans des sociétés extérieures spécialisées dans la fourniture de service. Ca a été le cas depuis longtemps de tout ce qui était entretien des installations. Sont venus ensuite la sous traitance du transport, l'externalisation du soutien clientèle, - les fameux Call Centers -, c'est actuellement l'externalisation de l'exploitation informatique ,- que l'on appelle pompeusement l'Infogérance-, ce fut même l'externalisation des usines de fabrication dans certains domaines( Alcatel, Sara Lee). La logique officielle pour ces transferts est que ces sociétés exterieures trés spécialisées dans leur domaine( gestion administrative, gestion des systemes informatiques, gestion des transports, gestion d'usines) sont plus compétentes et donc compétitives que les généralistes que sont les sociétés intégrées. Il y a sans doute une part de verité dans ces raisonnements. L'argument "non dit" par contre pour expliquer ces transferts est que vous supprimez des employés avec le statut "maison", qui au fil des ans est devenu couteux,   pour les remplacer par des employés extérieurs au statut moins couteux. Il y a donc la aussi des privilégiés ( les Happy fews) avec un statut en beton et des salariés exterieurs avec des statuts moins avantageux et parfois précaires.

Tous ces phénoménes ne sont que l'expression de la défense pour chacun d'entre nous du niveau de salaire et d'avantages sociaux qu'ils ont réussi à se batir au cours de leur carrière. Ils sont à ce titre tout à fait respectables. Par contre il faut se rendre compte qu'il y a forcément un aspect égoiste dans cette approche et que nous ne pouvons être réellement solidaires alors que nous ne defendons en fait que nos avantages. La résolution du problème du chomage ne peut en aucune façon , à mon sens, se passer d'une prise de conscience d'un besoin de solidarité beaucoup plus active.Solidarité qui nous est d'ailleurs imposée par nos contributions obligatoires aux caisses de chomage. Peut être vaudrait il mieux accepter, pour les actifs, une certaine diminution de leur privilèges pour créer les emplois qui manquent pour résorber le chomage. C'est ce qui se passe en Allemagne ou l'heure est à la rénégociation à la baisse de certains avantages  parfois mineurs contre le maintien d'emplois et l'accroissement de la compétitivité.

Si vous avez suivi mon raisonnement, je pose la question:  Que se serait il passé en 1997 si au lieu de proposer les 35hrs finalement payées 39, on avait proposé le passage à 40hrs sans augmentation compensé par des embauches?

Car le débat pour moi est de savoir s'il vaut mieux :  . Augmenter salaires>>>Augmenter la consommation intérieure immédiatement( au profit eventuellement des importations)  mais perdre en compétitivité>>>Finalement supprimer des emplois liés à cette perte de compétitivité       

ou Bien                                                                               . Diminuer certains avantages marginaux ou travailler 40hrs payées 39>>>Devenir plus compétitif et vendre plus sur le marché Français et à l'Export>>>Finalement embaucher    

Nous ferons un grand pas en avant le jour où nous accepterons de réfléchir à ce choix d'approche et où nous ferons entrer le soucis du prix de revient en compte dans nos réflexions.